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Mémoire

Le 8 mai, ne pas oublier les aveugles dans la Résistance

Publication proposée : 8 mai 2026 - Par Alban Clochet, fondateur de Lumyeye

Canne blanche posée près d'une plaque commémorative et de fleurs, à Paris.

Le 8 mai, on pense aux dates, aux drapeaux, aux discours. Cette année, la Fédération des Aveugles de France a aussi invité à regarder une part plus discrète de l'histoire : celle des personnes aveugles et malvoyantes dans la Résistance.

Il y a des mémoires qui tiennent toute la place. Et puis il y a celles qui restent sur le bord, comme si elles étaient trop fragiles, trop particulières, pas assez "grandes" pour entrer dans le récit national. Les personnes aveugles ont souvent été racontées par le manque : ce qu'elles ne voyaient pas, ce qu'elles ne pouvaient pas faire, ce dont il fallait les protéger.

Pourtant, l'histoire est rarement aussi simple. Dans les périodes de guerre, de peur et de silence, chacun agit avec ce qu'il a : une voix, une adresse, une mémoire, une discrétion, un réseau, une capacité à passer inaperçu, parfois une connaissance fine d'un lieu. Rappeler la place des aveugles dans la Résistance, ce n'est pas chercher un symbole facile. C'est refuser qu'une personne soit réduite à son handicap, même dans les livres d'histoire.

La dignité, c'est aussi être reconnu comme acteur

On parle beaucoup d'inclusion au présent. Mais l'inclusion commence aussi dans la manière dont on raconte le passé. Si les personnes aveugles ne sont présentes dans la mémoire collective que comme des personnes aidées, alors on transmet une idée fausse : celle d'une citoyenneté passive.

Le 8 mai rappelle autre chose. On peut être aveugle et courageux. Aveugle et utile. Aveugle et engagé. Aveugle et capable de choisir le risque, la solidarité, la liberté. Cela ne veut pas dire gommer les difficultés. Cela veut dire rendre aux personnes leur complexité.

Ce que cette mémoire change : elle aide les jeunes aveugles d'aujourd'hui à se voir autrement que comme des "bénéficiaires" d'aide. Elle rappelle qu'ils appartiennent pleinement à l'histoire commune.

Une leçon très actuelle

Ce sujet parle aussi de 2026. Dans l'école, l'emploi, la culture, les transports, on entend encore trop souvent : "ce sera compliqué", "ce n'est pas prévu", "quelqu'un vous aidera". Derrière ces phrases, même bien intentionnées, il y a parfois la même erreur : penser à la place de la personne.

La technologie peut rendre plus d'espace à l'autonomie. Une lecture vocale, une description d'image, une aide à l'orientation, un document administratif rendu audible : tout cela compte. Mais rien ne remplace le regard social. Une société accessible, ce n'est pas seulement une société qui installe des outils. C'est une société qui reconnaît d'abord les personnes comme capables.

Le 8 mai n'est donc pas seulement une cérémonie. C'est une question posée à notre manière de regarder. Qui manque dans nos commémorations ? Qui manque dans nos rues ? Qui manque dans nos décisions ? Et combien de talents continuons-nous à sous-estimer parce que nous voyons d'abord un handicap avant de voir une personne ?

Sources et références